lundi 11 juin 2018

Nouvelles invasions de centaures au musée du Louvre

Gabriel François Doyen - Une fête du dieu des jardins - vers 1750-1754
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

La situation n'est toujours pas stabilisée au Louvre depuis le billet alarmant que nous avons publié. Si la plupart des départements ont été sécurisés, les centaures occupent toujours le Département des Arts Graphiques. Notre première équipe de reporters ayant disparus corps et biens, nous avons envoyé une autre équipe composée du binôme Pindare et Ovide, enquêter sur place



Théodore Géricault - Cinq études d'un centaure enlevant une femme (Déjanire enlevée par Nessus ?)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris


Cependant la nue, mère unique de son espèce, conçut, sans l'assistance des Grâces, un fruit unique aussi dans la sienne ; sa nourrice le nomma Centaure ; monstre également étranger aux formes humaines et aux attributs de la divinité, il courut dans les vallées du Pélion perpétuer sa race en s'accouplant avec les cavales de la Thessalie. C'est de cette union qu'est née la race extraordinaire des Centaures, participant à la forme de leur père et de leur mère, hommes jusqu'à la ceinture, et chevaux dans la partie inférieure du corps.
Ainsi Dieu dispose de tout à son gré : plus rapide que l'aigle qui fend les airs, que le dauphin qui fuit au milieu des ondes, il brise l'orgueil des mortels ambitieux et comble les autres d'une gloire impérissable. 
Pindare - Pythiques (II,20)


Antoine-Jean Gros - Centaure jouant d'un instrument de musique - vers 1793-1800
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anthelme François Lagrenée - Hercule et un centaure
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Charles Le Brun - Etude pour un décor cintré (Centaures) - vers 1679-1684
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Antoine Alphonse Montfort - Hercule, Les Centaures et les Lapithes (croquis)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Charles Louis Müller - L'éducation d'Achille par le centaure Chiron, dans un paysage
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Etienne I Parrocel - Jeune homme et centaure musiciens
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Etienne I Parrocel - Centaure vu de profil
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Etienne I Parrocel - Le centaure Furietti, barbu
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Etienne I Parrocel - Deux centaure jouant l'un de la double trompe, l'autre de la lyre
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Odilon Redon - Centauresse combattant un serpent
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris


Odilon Redon - Centaure couché à terre, les bras croisés
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Odilon Redon - Centaure enlevant une nymphe
(Inspiré de Théodore Géricault)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Odilon Redon - Centaure enlevant une nymphe
(Inspiré de Théodore Géricault)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Théophile Alexandre Steinlen - Centaure enlevant une femme
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Centaure enlevant une femme, avec l'Amour - fin XVIe siècle
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Enlèvement d'une Laphite par un centaure - fin du XVIIe siècle
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Achille instruit par le Centaure Chiron - Fin du XVIIIe siècle
(d'après une fresque d'Herculanum ?)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Centauresse - Fin du XVIIIe siècle
(d'après une fresque d'Herculanum)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Centauresse portant sur son dos une petite fille - Fin de XVIIIe siècle
(d'après une fresque d'Herculanum ?)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Figure capturant un centaure - Fin du XVIIIe siècle
(d'après une fresque d'Herculanum ?)
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Anonyme italien - Centaure apprenant à un jeune homme à jouer de la lyre - Fin du XVIIIe siècle
Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Source des illustrations : Musée du Louvre, Paris

Combats des Lapithe et des Centaures
"Le fils de l'audacieux Ixion venait d'épouser Hippodamie. Les Centaures cruels, enfants de la Nue, invités au festin, avaient pris place, suivant leur rang, à la table dressée dans un antre spacieux, environné d'arbres touffus. Les rois de Thessalie étaient présents, et moi- même avec eux. L'air retentissait au loin des cris confus inspirés par la joie. On chantait l'Hyménée, et les feux sacrés brûlaient dans le parvis.
"Hippodamie paraît, brillante de sa beauté et de l'éclat de ses atours. Un cortège nombreux de jeunes mères et de matrones la suit. Nous félicitons Pirithoüs, nous célébrons le bonheur qui l'attend; et ce doux présage semble au moment même démenti. Le plus sauvage des sauvages enfants de la nue, Eurytus, échauffé par le vin, s'enflamme encore à la vue d'Hippodamie, et d'une double ivresse éprouve les transports.
"Soudain les tables sont renversées, le désordre est extrême. Le violent Eurytus saisit aux cheveux la belle Hippodamie. En même temps les Centaures enlèvent les femmes que le choix ou le hasard fait tomber sous leurs mains. C'est le désordre d'une ville prise d'assaut. L'antre profond retentit de cris déchirants. Nous nous levons, et Thésée le premier s'écrie : "Eurytus, quelle est ta fureur insensée ! Je vis, je suis présent, et tu oses outrager Pirithoüs ! Ne sais-tu pas que l'offenser, c'est m'offenser moi-même !"
"Le héros n'a point ainsi parlé en vain. Il s'élance, il écarte tout ce qui s'offre à son passage, il arrache Hippodamie aux ravisseurs furieux. Eurytus se tait. Et comment pourrait-il par de vains discours justifier son crime ? Mais il lève sa main audacieuse sur le vengeur de Pirithoüs; il le menace au visage, et le frappe à la poitrine.

"Près de là était un vase antique, énorme, dont diverses figures ornaient les contours. Malgré son poids, le puissant fils d'Égée le saisit et le lance à la tête de son ennemi. Eurytus tombe, roule et se débat sur l'arène, vomissant à la fois par sa bouche, sa cervelle et des flots de sang et de vin. Irrités du meurtre de leur frère : Aux armes ! s'écrient les Centaures, aux armes ! Le vin échauffait leur courage. Leurs premières armes sont les coupes fragiles et les vases du festin, qui, destinés à de plus doux emplois, volent de toutes parts soudainement changés en instruments de guerre et de carnage.
"Le fils d'Ophion, Amycus, ose le premier dépouiller l'autel domestique de ses dons. Il saisit un candélabre où pendent plusieurs lampes allumées; il l'élève en l'air, comme la hache des sacrifices prête à tomber entre les cornes d'un taureau, et frappe au front le Lapithe Céladon. Ses os brisés s'enfoncent dans sa tête. Ses yeux sortent sanglants de leur orbite; son nez repoussé descend dans son palais, et sa figure n'a plus rien qu'on puisse reconnaître. Pelatès, qui naquit à Pella, arrache le support d'une table, en frappe encore Céladon, le terrasse, et plonge son menton dans son sein. Le Lapithe vomit ses dents mêlées dans des flots d'un sang noir, et, par une double blessure, descend dans les Enfers.
"Grynée, placé près de l'autel où l'encens fume encore, et tournant sur lui des regards furieux : "Pourquoi, s'écrie-t-il, craindrais-je d'employer ces armes !" Et soudain il soulève dans ses bras l'autel où brûlent les feux sacrés, et le lance au milieu des Lapithes. Cette énorme masse tombe, écrase Brotéas et Orios, fils de la nymphe Mycalé, dont les charmes puissants forçaient, disait-on, la lune à descendre du ciel. "Qu'une arme s'offre à mes regards, crie Exadius, et ton crime aura son châtiment". Il dit, et des branches d'un pin, il arrache un bois de cerf voué à Diane. Il enfonce ce double dard dans les yeux du Centaure. L'un de ces yeux s'attache au trait qui l'a percé; l'autre roule sur le visage, et le sang figé le retient dans la barbe.
"Rhoetus enlève de l'autel le tison sacré, qui brûle encore, atteint Charaxus, et brise sa tempe droite, que protège en vain sa blonde chevelure. Sa chevelure s'enflamme, pareille aux chaumes embrasés. Le sang qui sort de sa blessure, pénétré par les feux dévorants, bouillonne avec un bruit terrible, tel que le fer étincelant, saisi dans les brasiers d'une forge, avec des tenailles recourbées, plongé dans l'eau, siffle et fait autour de lui frémir l'onde fumante. Cependant Charaxus éteint la flamme avide qui dévore ses cheveux épais; il élève de la terre, il charge sur ses épaules le seuil d'une porte qui eût fait gémir l'essieu d'un char sous son poids. Mais cette masse l'accable; il ne peut la lancer sur son ennemi; elle retombe et écrase Cométès, son compagnon, placé trop près de lui.
"Rhoetus fait éclater sa joie : "Puissent les tiens, dit-il, contre nous déployer la même force, et se signaler par de mêmes exploits" ! À ces mots, il lui fait avec le tison fumant une seconde blessure. Il le frappe, il le refrappe encore, et fracasse son crâne, dont les débris se fixent dans son cerveau.
"Vainqueur, il attaque Evagrus, et Corythus, et Dryas. Corythus, dont un léger duvet ombrage à peine le menton, expire le premier sous ses coups. "Quelle gloire te revient de la mort d'un enfant" ? s'écrie Evagrus. Il achevait ces mots, Rhoetus enfonce le tison brûlant dans sa bouche, et la flamme l'étouffe et consume son sein. Il te poursuit aussi, impétueux Dryas, et fait devant toi tournoyer ses homicides feux. Mais trop fier de ses premiers succès, son orgueil l'abuse. Tu le perces de ton épieu à l'endroit où la tête se joint à l'épaule. Il gémit, il arrache avec effort le bois de sa blessure, et fuit laissant sa trace teinte de son sang.

"On voit fuir en même temps Ornéus et Lycabas, et Médon blessé à l'épaule droite, et Pisénor et Thaumas, et Merméros, naguère vainqueur à la course de tous ses compagnons, mais qui, blessé dans le combat, s'éloigne d'un pas lent et tardif. Avec eux fuyaient aussi Pholus, Mélaneus, Abas, chasseur redoutable aux sangliers, et le devin Astylos, qui vainement avait voulu détourner les Centaures de ce combat, dont d'avance il connaissait l'issue. Nessus, effrayé, s'éloignait des dangers : "Arrête, et ne fuis point, lui dit Astylos; le Destin te réserve pour les flèches d'Alcide !"
"Mais Eurynomus, Lycidas, Aréos, Imbreus n'évitent point la mort. Ils osent attendre Dryas, et tombent sous ses coups. Et toi, Crénéus, tu fuyais, il t'atteint; tu veux regarder en arrière, et le fer pénètre dans ton front, entre les yeux, et les couvre des ombres du trépas.
Au milieu de ce tumulte affreux, plongé par le vin dans un sommeil léthargique, Aphidas est étendu sur la peau d'un ours que l'Ossa vit croître dans ses forêts; il tient d'une main tremblante une coupe à demi répandue. Phorbas le voit agiter cette arme inutile, et secouant son javelot : "Va, dit-il, aux ondes du Styx mêler le vin que tu as bu". Il parle et lance son javelot. Le fer dont il est armé atteint à la gorge Aphidas sur le dos renversé. Il ne sent point le coup mortel qui le frappe. Son sang coule à grands flots sur sa couche, et rejaillit dans la coupe qu'il tient.
Je vis Pétréus s'efforcer d'arracher de terre un chêne chargé de tous ses glands. Tandis qu'il l'embrasse, le secoue, et l'ébranle, la lance de Pirithoüs l'atteint dans les flancs, le perce d'outre en outre, et le cloue à l'arbre qu'il voulait arracher. On dit aussi que Pirithoüs triompha de Lycus, que Chromis tomba sous ses coups. Mais leur trépas lui valut moins de gloire que la défaite de Dictys et d'Hélops. Hélops est atteint à la tempe droite d'un javelot qui pénètre à travers ses oreilles. Dictys fuyait tremblant devant le fils d'Ixion qui le presse. Du haut d'un roc escarpé il tombe, se précipite, brise du poids de son corps le tronc d'un orme, et laisse ses entrailles éparses sur ses vastes débris.
Apharée accourt pour le venger. Il détache du rocher une masse énorme, et veut, avec effort, la lancer contre le héros. Thésée le prévient, fracasse avec sa massue les os gigantesques de son bras, et n'a pas le temps, ou, le voyant hors de combat, dédaigne de lui donner la mort. Le héros saute sur la croupe du puissant Bienor, centaure qui jusque-là n'avait porté que lui-même. D'un genou nerveux, il presse ses flancs; de sa main gauche il saisit sa chevelure flottante; il le frappe à la tête des nœuds de sa massue et brise son front menaçant. Avec cette arme terrible, il abat encore Nédymnus, et Lycopès adroit à lancer un javelot, et Hippasos dont la barbe épaisse descend sur son sein, et Riphée qui surpasse en hauteur les arbres des forêts, et Térée qui aimait à prendre des ours sur les monts de Thessalie, qui les chargeait sur ses épaules, et les portait vivants et grondants dans l'antre qu'il habitait.
Démoléon, que ces exploits indignent, prétend en arrêter le cours. Il réunit tous ses efforts pour déraciner un pin altier qu'un siècle affermissait sur sa base. Ne pouvant l'arracher, il le rompt et le lance à la tête du héros. Cette masse l'eût écrasé, mais il se détourne et l'évite, inspiré par Pallas : c'est du moins ce qu'il voulait faire croire lui-même. Cependant le coup ne fut pas vain. Il atteint le superbe Crantor, et rompt son sein, son épaule, et ses flancs.

Achille, ce Crantor fut l'écuyer de votre illustre père. Le roi des Dolopes, Amyntor, vaincu par Pélée, le lui donna pour gage de la paix et de la foi jurée. Pélée le voit étendu et déchiré d'une triple blessure. "Cher Crantor, s'écrie-t-il, reçois la victime que je vais immoler à tes mânes sanglants". Il dit, et d'un bras nerveux que la vengeance anime, il lance à Démoléon un javelot qui s'enfonce dans ses os et frémit dans ses flancs. Le bois est arraché avec effort par le Centaure, mais le fer reste engagé dans son sein. La douleur accroît sa rage. Malgré sa blessure, il se cabre contre son ennemi, l'attaque, et le frappe de la corne de ses pieds. Sous ses coups redoublés le casque et le bouclier retentissent. Le héros se défend; il se couvre de son bouclier. Il soutient les assauts du monstre, et du même dard perce le double sein de l'homme et du cheval.
"Déjà Pélée avait vaincu Phlégréos et Hylès. Iphinoüs et Clanis étaient tombés sous ses coups. Dorylas, qui, d'une peau de loup couvrant sa tête horrible, avait armé ses mains de deux cornes de bœuf, double dard abreuvé du sang des Lapithes, expira aussi sous les traits du héros : "Vois, disais-je au Centaure, combien tes armes sont moins sûres que le fer" ! et je lui lance mon javelot. Ne pouvant l'éviter, il veut couvrir son front, et sa main à son front est clouée. On s'écrie. Placé plus près que moi du monstre, Pélée, qui le voit à lui-même attaché, déjà vaincu par sa blessure, plonge son glaive dans ses flancs. Le Centaure se cabre; lui-même arrache ses entrailles, les traîne à terre, les foule sous ses pieds, dans leurs nœuds engage ses jarrets, et tombe et roule expirant sur l'arène.
"Ta beauté, si toutefois ta forme peut mériter ce nom, ne te sauve point, jeune Cyllare, au milieu de ce tumulte affreux. Un blond duvet commence à briller sur ton menton. L'or de tes blonds cheveux sur ton cou se déroule flottant. La fraîcheur de ton teint montre un heureux mélange et de force et de grâce. Ta tête, tes bras, tes mains, ton buste entier, semblent être l'ouvrage d'un habile artiste. Tout ce qui est homme en toi est parfait; tout ce qui tient du coursier n'est pas moins admirable. Si l'on te donne la tête et le cou du cheval, tu égaleras en beauté le coursier de Castor. Ta croupe est élégante, ton poitrail noble et relevé; ton poil a le noir luisant du jais; ta queue et tes jambes sont d'une blancheur éclatante,
"Parmi les filles des Centaures, mille avaient voulu lui plaire. Mais la seule Hylonomé obtint de lui un tendre retour. De toutes ses compagnes, hôtesses des forêts, elle est la plus aimable. Son amour, ses serments, ses caresses, ont subjugué Cyllare. Elle est aussi belle que lui. L'ivoire lisse ses cheveux légers; elle y place le romarin, ou la violette, ou les roses; quelquefois des lis blancs les couronnent. Chaque jour, dans l'onde pure d'une fontaine qui rafraîchit les bois de Pagasa, deux fois elle plonge sa tête, deux fois elle baigne son corps. Une riche fourrure s'attache avec grâce sur son épaule, ou descend à gauche sur son sein. Une tendresse égale unit les deux amants; ils errent côte à côte sur les montagnes; la nuit, le même antre les réunit. Ils étaient venus ensemble au festin des Lapithes, et côte à côte ils combattaient tous deux.
Un trait part à leur gauche; on ignore qui l'a lancé. Il s'y enfonce au-dessous du sein de Cyllare; il effleure son coeur : à peine est-il retiré, son cœur et son corps sont glacés par le froid du trépas. Hylonomé le reçoit mourant dans ses bras. Elle étend sa main sur sa blessure et cherche à la fermer; elle joint sa bouche à sa bouche, et veut retenir son âme fugitive. Il expire : soudain elle remplit l'air de ses plaintes douloureuses, que les cris des combattants empêchent d'arriver jusqu'à moi. Elle incline son sein sur le fer qui vient de percer Cyllare, et tombe et meurt en embrassant son époux.

"Je crois voir encore devant mes yeux l'effroyable Phacocomès, qui, de la dépouille de six lions, couvre en lui les flancs de l'homme et du cheval. Il lance un arbre que quatre bœufs attelés sous le joug auraient peine à mouvoir. Il atteint à la tête Thectaphos, fils d'Olénos. Sa tête est fracassée. Sa cervelle s'échappe par ses yeux, par son nez, par ses oreilles. Tel entre des joncs passe et sort un laitage pressé. Telle à travers les trous d'un crible, coule et s'exprime une épaisse liqueur.
"Tandis que le Centaure s'apprête à dépouiller de ses armes son ennemi, j'accours. Pélée en fut témoin, et je plonge mon épée dans ses flancs. Chthonius et Télébous expirent aussi sous mes coups. Chthonius était armé d'un bois fourchu; Télébous portait un javelot dont il me blessa. Voyez : la cicatrice antique paraît encore. C'est alors qu'on eût dû m'envoyer au siège de Pergame. Alors j'aurais pu retarder les triomphes du grand Hector, et le vaincre peut-être. Mais, en ce temps, Hector n'était point encore ou n'était qu'un enfant; et maintenant la vieillesse ennemie trahit mon courage.

"Vous parlerai-je de Périphas, vainqueur de Pyraethus à double forme ? Dirai-je Ampyx, qui, d'une lance sans fer, perce l'affreux visage de Echélus dressé sur ses quatre; et Macarée du Péléthronium, qui, brandissant un levier pesant, frappe et renverse le lapithe Erigdupus ? Je me souviens que Nestor enfonça son javelot dans les flancs de Cymélus. Ne croyez pas que le fils d'Ampyx, Mopsus, ne se montre habile qu'à prédire l'avenir. Le centaure Hoditès, atteint par ses flèches rapides, veut en vain s'écrier : un dard attache sa langue à son menton, et son menton à sa poitrine.
Ovide - Les Métamorphoses (XII, 210-458). Traduction de G.T. Villenave (1806) via remacle

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